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ÉCONOMIE - POLITIQUE - SOCIÉTÉ - 29 avril 2019

Elections : les Espagnols se sont prononcés contre l’extrême-droite

Les Espagnols ont fait barrage à l’extrême-droite. La stratégie de Pedro Sánchez consistant à porter le débat politique sur une opposition droite-gauche à entraîné une mobilisation sans précédent, supérieure même à celle des élections qui avaient suivi les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Les Espagnols se sont prononcés contre l’extrême-droite en votant pour la gauche. L’Espagne reste ainsi immunisée contre l’ultranationalisme. C’est aujourd’hui le plus grand pays d’Europe dont le gouvernement est composé de partis de gauche.

L’annonce des résultats propulse Pedro Sánchez au sommet (123 sièges, soit 28,7% des suffrages) et fait chuter le Parti populaire (66 sièges et 16,6%). Ciudadanos a, quant à lui, atteint un score pratiquement égal à celui du PP (57 députés pour 15,8%). Podemos perd du terrain (35 sièges et 11,9%) mais consolide sa position et sa fonction de barrage contre la droite. Vox fait son entrée au Parlement avec 24 députés (10,4%), mais le parti d’extrême-droite est toutefois encore loin d’une véritable prise de pouvoir.

Personne ne doutait de la victoire du PSOE, mais peu de gens prédisaient un tel triomphe: le parti a aujourd’hui la majorité au Sénat, ce qui n’est pas négligeable. Nombreux étaient ceux qui pensaient que la méfiance envers les socialistes se transformerait en victoire de Vox. Les troupes de Santiago Abascal (Vox) ne se contenteraient pas d’entrer au Parlement, elles écraseraient leurs adversaires.

Mais l’Espagne n’est pas aussi extrémiste que ce que l’on pouvait croire. En 2019, elle est gouvernée par la gauche. Si la somme des députés socialistes et Podemos n’atteint pas les 176 sièges nécessaires à la majorité absolue, le PSOE ne devrait pas avoir de mal à former une alliance permettant l’investiture de Pedro Sánchez comme chef du gouvernement. “C’est la victoire de l’avenir sur le passé”, s’est félicité le leader du parti socialiste.

Dans tous les cas, le PSOE aura besoin du soutien des mouvements indépendantistes ou de Ciudadanos, ce qui obligerait Albert Rivera à revenir (encore une fois) sur sa promesse de ne jamais s’allier aux socialistes. Cette seconde possibilité divise chez les partisans de Pedro Sánchez où s’opposent ceux qui refusent de s’associer à Rivera et ceux qui pensent qu’une alliance est possible. Sánchez pense, quant à lui, avoir été assez clair sur son refus.

Il n’y a pas d’élections sans perdant et, en 2019, c’est le PP qui joue ce rôle. La nouvelle ligne directrice de Pablo Casado n’aurait pas fait davantage de dégâts si elle avait été conçue par le pire ennemi de José Maria Aznar ou de Mariano Rajoy, ses prédécesseurs. Le parti populaire a glissé vers la droite pour capter les votes de Vox, mais s’est ainsi rendu superflu. La chute est violente: le PP a fait le plus mauvais score de son histoire, passant de 137 à 66 députés. Il a perdu plus de la moitié des sièges gagnés sous Rajoy qui, comparé à Pablo Casado, fait figure de grand chef d’État. Le parti s’est pris une déculottée, mais Pablo Casado –pourtant désavoué– refuse de démissionner, déclarant: “J’assume mes responsabilités, nos résultats sont très mauvais”. Soraya Sáenz de Santamaría peut garder le sourire et Mariano Rajoy, se remémorer sa victoire en 2011 avec 186 sièges.

Ciudadanos dépasse quasiment le PP, passant de 32 à 57 députés. Cela semble positif, mais Albert Rivera devrait se demander si le fait de courtiser les électeurs de droite en valait vraiment la chandelle. S’il avait maintenu le cap mis en place il y a quelques années, ses résultats auraient sans doute été meilleurs. “Nous allons surveiller le gouvernement de près ”, a-t-il affirmé, espérant se placer en principal parti d’opposition.

La percée de Vox a fragmenté la droite espagnole et propulsé la gauche vers la victoire. En fin de compte, c’est Santiago Abascal qui a été l’allié le plus efficace du PSOE. Pablo Casado l’a reconnu lui-même: “Notre division a été favorable à Pedro Sánchez.”

Podemos perd 10 sièges et la position de troisième force politique du Congrès, mais les sondages étaient tellement pessimistes que ces résultats pourraient presque être considérés comme une victoire. Le parti reste quand même la quatrième formation politique du pays, mais devient le deuxième parti en matière de pouvoir décisionnel. Il est en effet probable qu’on retrouvera certains de ces membres au gouvernement. C’est la défaite la moins cuisante de la soirée.

“Nous aurions préféré un meilleur résultat, mais cela reste suffisant pour freiner la droite et l’extrême-droite. Il nous faut à présent travailler avec patience et discernement” a affirmé Pablo Iglesias Turrión, ajoutant: “Tout est possible, et nous allons travailler à former un gouvernement de coalition, mais il reste beaucoup de choses à étudier et je vous demande d’être patients.”

La fragmentation de la droite a permis l’union de la gauche tendance “no pasarán” et entraîné le rapprochement des mouvements indépendantistes qui affirment que la prise de contrôle des communautés autonomes par le gouvernement grâce à l’article 155 de la constitution n’est pas une solution. Les partis catalans ERC et Junts Per Catalunya ont respectivement remporté 15 et 7 sièges. Les membres plutôt modérés de l’ERC, qui prônent le dialogue, ont gagné, ce qui pourrait faciliter l’accession au pouvoir de Pedro Sánchez.

Le parti de Carles Puigdemont (Junts Per Catalunya) a perdu un siège, bien qu’il ait obtenu près de 10 000 voix de plus que son rival.

Le parti nationaliste basque a amélioré ses résultats, avec près de 109 000 votes, ce qui lui a permis de passer de 5 à 6 sièges. Mais c’est Bildu qui a le mieux rentabilisé les votes récupérés, passant de 2 à 4 députés avec tout juste 70 000 voix de plus.

Ces élections ont permis l’entrée au Parlement du Parti régionaliste de Cantabrie de Miguel Ángel Revilla, avec un député. La Coalition canarienne a également obtenu deux députés de plus.

Conclusion de ces élections: ceux qui qualifiaient Pedro Sánchez de squatteur avaient raison. Il a écrasé ses adversaires et restera quatre ans de plus au palais de la Moncloa.

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