Acceuil ÉCONOMIE Le renoncement d’Abdelaziz Bouteflika, « une ruse » pour de nombreux Algériens
ÉCONOMIE - POLITIQUE - SOCIÉTÉ - 12 mars 2019

Le renoncement d’Abdelaziz Bouteflika, « une ruse » pour de nombreux Algériens

Après l’euphorie, le doute. Les Algériens s’interrogeaient ce mardi 12 mars sur le report de la présidentielle d’avril, annoncé la veille, qui prolonge de facto le mandat du président Abdelaziz Bouteflika, cible d’une contestation inédite en 20 ans de pouvoir.

Si le président a annoncé lundi qu’il ne briguerait pas un 5e mandat, comme le réclamaient des millions de manifestants, il reste toutefois en poste jusqu’à la prochaine élection présidentielle… reportée à une date qui demeure inconnue. Il prolonge ainsi son 4e mandat, devenu l’enjeu de la poursuite des manifestation selon des opposants.

« Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir: la dernière ruse de Bouteflika », titrait ainsi en « une » ce mardi l’influent quotidien El Watan. Publié en langue française, le journal consacre une partie de son dossier spécial au « scepticisme » et au « rejet de la classe politique ».

Liberté, autre quotidien francophone, fustige lui « la grande supercherie », et estime aussi que « le président tente une nouvelle ruse avec le peuple ».

« Dire qu’on annule la présidentielle, c’est anticonstitutionnel », réagit de son côté l’ancien Premier ministre Ali Benflis sur franceinfo. « C’est une victoire (…) au goût d’inachevé. On veut faire croire au bon pacha et au mauvais vizir. Le pays est géré par la fraude de toute sorte et par la ruse », explique le principal adversaire d’Abdelaziz Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014.

Sur Europe 1, le spécialiste du monde arabo-musulman Mohamed Sifaoui dénonce pour sa part une « mascarade » et un « subterfuge » du président algérien pour « installer la dictature » dans le pays.

L’annonce faite par le chef de l’État dans un message à la Nation publié par l’agence officielle a d’abord été saluée par un concert ininterrompu de klaxons dans le centre d’Alger lundi soir, déserté par la police, pourtant largement déployée durant la journée.

Ce mardi matin, plusieurs milliers d’étudiants et étudiantes manifestaient dans le centre d’Alger pour dénoncer cette « ruse » d’Abdelaziz Bouteflika.

« Les étudiants résistent à la prolongation du 4e mandat! », scandaient les manifestants brandissant de nombreux drapeaux dans une des principales artères du centre-ville. « Il faut sauver le peuple, pas le pouvoir », « Pas de ruse, Bouteflika », criaient encore les étudiants, qui manifestaient pour le troisième mardi consécutif, après des appels réitérés sur les réseaux sociaux.

Signe de la réactivité de ces réseaux sociaux et des protestataires, sur les nombreuses pancartes, le logo de la contestation initiale née le 22 février contre un 5e mandat -un « 5 » cerclé et barré de rouge- laissait la place à un « 4 » cerclé et barré, refus désormais du prolongement de l’actuel mandat d’Abdelaziz Bouteflika